vendredi 20 février 2026

LE MONDE DU SILENCE DIVIN CHRÉTIEN : LE SANTON DE SAINT-JOSEPH




Joseph ne parle pas ou peu. C’est un homme d’action. Semblable aux hommes familiers, il se présente sans apparats, quoique l’Esprit l’obombre. Notre homme pourvoit aux besoins de sa famille, suit les lois civiles et religieuses. Sa vie est surtout rythmée par quatre songes de l’Invisible. Il s’en va comme il a vécu : obscurément. Notons la discrétion partagée, l’obéissance quasi muette, de Marie et Joseph, instruments parfaits autant que la nature les puisse fournir pour recevoir le Verbe de Dieu.

Nul meilleur subordonné au Père, Joseph se tait bien qu’instruit des projets divins. Humble, silencieux, gardien de grands mystères, ouvrier-charpentier, il se distingue comme la stature immémoriale des plus hauts initiateurs. Dans la branche chrétienne maçonnique (avant celles de l’athéisme et laïques du XVIIIe siècle), nous trouvons encore aujourd'hui dans la veine de l'Écossisme, au sein par exemple du Rite Écossais Ancien et Accepté, un Joseph. Le septième grade évoque le nom du patriarche Joseph, fils de Jacob, grade nommé : Prévôt et Juge. Ce dernier se situe dans la Loge de Perfection, entre le sixième degré, Secrétaire Intime et le huitième degré, Intendant des Bâtiments. Le degré Prévôt et Juge appartient à la deuxième loge du R. É. A. A. Cette Loge de Perfection contient quatorze degrés. Nous laissons aux chercheurs, curieux de jeux d’esprits, tous les résultats que donnent les combinaisons de lettres et de chiffres tels que les chiffres 7, 14, 4 (4 car le grade Prévôt et Juge de la Loge de Perfection en est le quatrième sur les quatorze) c’est le principe actif animant la création. « Que la volonté de Dieu se fasse et non la nôtre », fondement pur de l’obéissance. Le pouvoir est dans la soumission acceptée au Christ-Jésus). Sept est un chiffre symbolique se reportant à l’ouvrage du monde, 14 (2x7, le plan d’en deçà et celui de l’au-delà) est le nombre figurant le Bien-Aimé en hébreu (le Christ-Jésus, fils de David), 4 est aussi le chiffre de la matière…

Plus avant, la réception de l’adepte à ce 7e grade ne manque pas d’intérêt : tentures rouges, 5 lampes (le mot hébreu désignant le chiffre cinq [חָמֵשׁ] devient, en permutant ses lettres, le Messie [מָשִׁיחַ] avec la lettre yod dans le mot huile d’onction [לִמְשׁוֹחַ], l’Oint de Dieu aux 5 plaies, dont la cinquième – la perforation du flanc par la lance du soldat - fut montrée à Thomas afin qu’il voit, touche et croit ; par ailleurs, 5 est la somme théosophique des 14 degrés : 1 + 4,  de la Loge de Perfection) ; le Président de séance illustre Tito, le guide de 3 600 conducteurs de travaux (36, autre nombre symbolique) missionnés pour aiguiller les ouvriers du Temple de Jérusalem. Sur le blason du grade se dessinent un coffret d’ébène enfermant le cœur d’Hiram, une clé d’or, des parchemins roulés et une balance. Un commentaire dit : « Joseph, fils de Jacob, fut un sage ministre du Pharaon d’Égypte. Son histoire nous apprend que gouverner, c’est connaître et prévoir. »

Il ressort de ce grade le devoir de Gardien, de Veilleur sur les choses sacrées, de Juge, et les notions de justice, équité, responsabilité morale et discernement.

Retenons aussi Joseph Balsamo dit Cagliostro, lequel se présenta à la Franc-maçonnerie pour l’amener de par toute sa vie et ses fatigues exténuantes à un christianisme pur. Ce qu’elle refusa. 

Une autre personnalité vient à l’esprit : Joseph d’Arimathie dont les quatre évangélistes font l’éloge. C’est un homme riche, membre distingué du Sanhédrin, bon et juste, disciple de Jésus mais en secret. Il réclamera le corps du Christ au soir de son supplice. On sous-estime cet orfèvre religieux et politique officiant comme le levain dans la masse du Sanhédrin.

Tous ces Joseph n’en décrivent qu’un. Joseph est là pour augmenter les fruits de la lumière céleste, au péril de sa vie. Il se prête à toutes leurs manifestations sur divers plans. Il travaille au but de toutes les promesses tenues par les Prophètes, à l’achèvement de toutes les volontés du Père. Quoique obscur, il habite les hauteurs de l’Harmonie.

Ainsi, se présente sous beaucoup de ses fonctions, Joseph, le père nourricier du Christ. L’Évangile dit sobrement à son propos : « C’était un homme juste ». Il fallait qu’autour de l’Enfant divin toutes les forces discordantes humaines soient en équilibre. Il fallait que dans l’humanité en guerre constante, il y ait un point terrestre stable et vertical. Tel que Jean le Baptiste le commandait : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. »

L’Église n’est pas en reste pour nous décrire l’activité secrète qu’effectue le père tutélaire de Jésus dans les divers mondes spirituels. Elle nous indique Saint-Joseph comme la « Lumière des patriarches », le « Chaste gardien de la Vierge », le « Zélé défenseur du Christ », « Joseph très obéissant », l’« Amant de la pauvreté », le « Modèle des travailleurs », l’« Espoir des malades », la « Terreur des démons »,… Voilà un court aperçu des travaux extraordinaires qu’exécute notre Joseph ordinaire, taiseux, effacé.

Que de leçons en Joseph. Qui pourra les énumérer ? Qui scrutera exactement l’essence même du silence qui drape tout vrai ouvrier vénérable concentré à sa tâche ? Le grand travailleur se tait. Il est absorbé entièrement par l’effort. Si notre société est si bruyante c’est qu’elle ne travaille pas à ce qui lui est nécessaire. On ne peut pas être dans l’inanité de la logorrhée, de la publicité et des slogans, et avoir de grandes idées. « Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse. », dit avec piquant Alfred de Vigny. Le silence est l’atmosphère des grandes âmes, l’océan des grands navigateurs, découvreurs de rivages inconnus.

En somme, Joseph rejoint Marie dans des caractéristiques communes : humbles et laborieux. Elle aussi est silencieuse. Le Cardinal R. Sarah écrit avec justesse à l’endroit de la Vierge : « Elle se réfugie dans la prière, l’offrande personnelle et l’accueil serein de la volonté mystérieuse de Dieu, en communion avec son Fils. » C’est ici la clé d’or du vrai Chrétien en face de l’oisiveté, grosse de l’orgueil et de la lâcheté.

Les santons ne sont pas sans nous rappeler l’énergie universelle montante. Ce petit peuple de figurines en terre cuite est comme la vie humaine appelée et attirée par le Père. Aussi, ne rangeons pas trop vite notre crèche de Noël dans un carton, puis sur une étagère d’oubli annuel. Ne nous abstrayons pas encore de sa présence, d’autant plus prégnante de profondes méditations jusqu’à Pâque : passage de la mort de l’Homme-Dieu à sa résurrection. Car Bethléem nous conduit au Golgotha. Lieu hors de Jérusalem où le grain de blé dut mourir afin de produire beaucoup de fruits surnaturels. L'esprit du christianisme, l'esprit d’adoration de Dieu est un esprit radicalement contraire à l’esclavage. Encore faut-il comprendre pourquoi !

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